Lundi 28 mai 2012 1 28 /05 /Mai /2012 16:24

MLF

Aujourd'hui, vers 21 h, Woody rentre et je suis impatiente de le retrouver.

Aujourd'hui je suis allée acheter des carreaux de faïence, de la colle-joints, un coupe-carreaux et une pince perroquet pour faire du carrelage dans ma salle de bains.

Aujourd'hui, je suis allée acheter une tondeuse à Leroy Merlin en urgence, puisque la mienne a rendu l'âme entre les mains urbaines de Woody la dernière fois, et vu la vitesse à laquelle la végétation envahit mon île, fallait agir vite.

Quand le type m'a dit qu'il fallait mettre de l'huile, je lui ai demandé de m'en fournir un bidon.

Quand je lui ai dit " et maintenant, c'est tout ? Je mets ça et c'est bon ? " et qu'il m'a répondu qu'il fallait aussi mettre de l'essence, comme dans une voiture, j'ai éclaté de rire, et j'ai mentalement prié pour que la notice soit très, très claire.

Comment dire...

Je suis partie avec mon gros carton de 20 kilos et mes talons compensés mettre la chose dans la voiture. Baissé les sièges pour faire rentrer. Partie sur mon île. Décharger la chose, sortir la rame, prendre le sac, la salade mac do prise au passage au drive, réussir à tout descendre dans la barque, remonter, aller garer la voiture, redescendre, enlever les cadenas, ramer, arriver sur mon île,arrimer la barque, décharger la chose sur le ponton, les sacs, aller manger un bout, échanger les talons compensés contre des Crocs et ouvrir le carton.

Je me faisais l'air d'une poule devant un mégot.

Assise par terre, je lisais consciensieusement la notice, lorsque le voisin est arrivé sur sa parcelle. J'aime pas les voisins. Ca vous regarde être une poule devant un mégot et franchement, pour l'égo c'est pas le truc le plus génial.

Après avoir étudié le puzzle à l'aide de la notice, j'ai commencé à monter l'engin. Ben oui, parce qu'au prix où je l'avais achetée, elle allait pas être montée non plus. Mais quand même, le plus dur a été de trouver ce putain de réservoir à huile.

J'ai tourné autour de la tondeuse pendant de longues minutes, perplexe, me demandant quelle pièce j'allais bien pouvoir démonter pour trouver ce putain de réservoir à huile. Et puis, tout à coup, enfoui sous la ferraille et le plastique, j'ai découvert un bouchon. Moins gros que celui d'une bouteille d'eau. Ah, et bien sûr, le goulot de la bouteille d'huile de moteur, lui, était trois fois plus grand. Et bien sûr, la notice écrivait en grand qu'il ne fallait pas en renverser sur la tondeuse, et bien sûr, je n'avais pas d'entonnoir non plus...

Alors, en tant que poule devant un mégot, je suis allée chercher...une cuillère à café... Si si ! Et j'ai commencé à remplir le réservoir d'huile à la cuillère.

Cette fois, j'avais l'impression de donner du sirop pour la toux à ma tondeuse. Les voisins devait penser que le soleil avait trop tapé, moi, je commençais à maudire ma tondeuse.

Le niveau supérieur d'énervement fut atteint lorsque j'ai constaté que le jerricane d'essence s'était consciensieusement vidé sur le sol dans la cabane, et que, de l'essence, il n'en restait que quelques gouttes...PAS QUESTION DE TOUT REFERMER, DE REMONTER DANS LA BARQUE ET TOUT LE BAZAR pour aller chercher de l'essence. J'ai décidé de tenter de vider le réservoir de la vieille tondeuse, pour remplir le jerricane...Ma foi, ce fut une assez bonne idée.

Bon...Je fais mentalement le tour des opérations : montage : ok, huile : ok, essence : ok. Devrait fonctionner.

Là, c'est l'autre moment que je déteste.

Celui où tu tires comme une dératée sur le fil et où il ne se passe rien. Et où tu regardes la tondeuse en faisant des incantations mentales, voire des prières vaudou, et où tu réprimes le coup de pied dans le truc et le chapelet d'injures que même toi tu savais pas que tu les connaissais.

T'oses même pas regarder ton gros voisin avec sa grosse femme allongée dans son gros transat avec leurs gros enfants.

Tu détestes tout le monde.

2e essai.

Rien.

3e essai : rien.

Tu tires tellement fort que tu risques la tendinite, voire le démembrement. Toujours rien.

Alors, quand après avoir appuyé sur tous les boutons, resserré tous les boulons, fait trois fois le tour de la tondeuse à la recherche d'un truc que t'aurais pas vu, tu tires encore et  que la tondeuse fait enfin le délicieux vroum vroum tant attendu, là, tu crois en Dieu.

Je pensais avoir atteint le sommet des emmerdes, et qu'à partir de là, j'allais transformer mon terrain vague en green, surfant sur une mer de gazon telle une championne de surf sur une mer déchaînée, et bien...Je ne croyais pas si bien dire.

Ma pelouse était déchaînée et ma tondeuse trop basse bien que réglée à la hauteur maximum.

Je ne faisais pas 10 cm sans buter. Affreux.

J'ai donc dû utiliser une méthode peu orthodoxe : tirer la tondeuse en faisant marche arrière, seul moyen pour "avancer " plus de deux mètres en suivant. Le tout en plein soleil, avec 96 décibels dans les oreilles et des voisins probablement goguenards. Voire passablement agacés par le vacarme.

 

Au bout de deux heures, hirsute, écarlate, tremblante, j'ai capitulé.

Mon green ressemblait à une pâture négligemment broutée et moi à une poule déplumée.

 

C'est là, en rentrant chez moi avec mon coupe carreaux et ma faïence que je me suis dit que putain, la répartition traditionnelle des tâches dans la vie conjugale, c'était quand même le pied.

 

Par le21eparallele
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Samedi 26 mai 2012 6 26 /05 /Mai /2012 10:48

Un petit créneau de deux heures ensemble hier midi, au soleil, à la terasse de son café préféré. Il est heureux, je suis là, il fait beau et il part en wekk-end à Nîmes, chez son pote. Alors nous sommes bien.

Parce que s'il est bien, je suis bien.

Bon, sur le ton de l'humour, il tente une énième remarque désagréable sur notre ville à l'arrivée du patron du bar qui nous sert, lequel commence à le connaître un peu et se tourne vers moi en riant : " oh, qu'il est désagréable, il est toujours comme ça ? Même avec vous ?"...Ce qui me rassure sur le fait que je ne sois pas la seule à remarquer qu'il abuse...

Nous refermons la parenthèse, nous remontons dans la bulle et profitons du moment.

L'idée d'être séparés ce week-end nous donne des élans fougueux qui se poursuivent par sms dans l'après-midi et la soirée...

Bizarrement, je rentre chez lui après le boulot pour profiter de son jardinet et...n'en repars pas malgré son absence.

 

Des démons m'habitent qu'un rien suffit à réveiller, mais si on les laisse en paix, je sais être heureuse.

Par le21eparallele
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Mercredi 23 mai 2012 3 23 /05 /Mai /2012 22:00

Nous nous sommes vus hier soir.
J'avais reçu des sms à la fois déprimés et déclaratifs pendant 3 jours que j'avais choisi non pas d'ignorer mais de remettre au lendemain.
Et puis j'avais commencé à construire un mur, ou plutôt (car je ne suis pas seule), j'avais utilisé les pierres qu'il me tendait pour construire un mur entre nous. Il y a des gens qui bâtissent des ponts entre eux et le ciel, moi, je construis des murs... Question de survie sans doute, on bâtit des forteresses pour ne pas être trop exposé...
Bref.
On dine, mais je sens le mur palpable... Je ne sais pas comment le briser. Lui non plus apparemment. Je ne le sens pas très gai, je lui demande si ça va, il élude.
On rentre. Il s'installe sur le canapé, je le rejoins, emmitouflée dans le plaid. Je réclame une place plus grande pour m'allonger contre lui. J'enlève les pierres une à une. Ca fonctionne. Les coeurs se réchauffent.
Arrivés dans le lit, toujours sur le ton de la plaisanterie, il recommence à me parler de partir, lui et moi (sans mon fils) vivre dans le Sud ou n'importe où ailleurs.
Je crois qu'en deux mois, il n'y a pas eu une journée où je ne l'ai pas entendu l'évoquer d'une façon ou d'une autre.
Alors j'y vais. Sur le ton de celle qui répond à une plaisanterie... Je lui dis que non, je ne bougerai pas, que je suis heureuse ici, que j'ai ma famille, mes amis, mon travail, que j'aime tout cela, et que surtout, j'ai mon fils... Que son père habite ici, qu'il ne me viendrait jamais à l'idée de l'en séparer, etc.
J'ajoute même que me demander à moi qui suis -enfin- heureuse ici, de bouger juste pour son plaisir, est égoïste. Il se referme. Il soupire.
On a reconstruit un muret...
Alors j'essaie de lui expliquer que cette récurrence de pensées, de remarques négatives sur sa présence ici,  accentuée  lorsque je ne suis pas disponible, me mine et me met la pression.


Il dit qu'il n'en parlera plus, qu'il ne parlera plus de ses ressentis négatifs, et puis qu'il plaisante, qu'il sait très bien, au bout de deux mois, qu'il n'est pas question de partir, ni même au bout de plus longtemps, qu'il va mieux, même si c'est imperceptible encore, etc, etc.
A la fin, je suis presque convaincue.
Presque. Parce que faire 150 fois la même plaisanterie sur le même sujet signifie bien que l'on n'a pas renoncé à l'idée.
Mais moi, j'ai dit. Clairement. Et je le redirai encore.
Du coup, j'avais enlevé les pierres du muret, et nous les avions, momentannément du moins, balayées.
 
Alors nous avons pu bâtir un pont entre nous et le ciel.
 
 

 

Par le21eparallele
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Dimanche 20 mai 2012 7 20 /05 /Mai /2012 13:05

Je l'avais invité à dîner hier soir, plus pour qu'il ne reste pas seul cette semaine où je suis avec mon fils que par envie réelle de le voir.

Au cours de la soirée, nous avons débattu de certains sujets sur lesquels bien évidemment nous n'étions pas d'accord, mais peu importe, comme dans tout débat d'idée, le but n'est pas de convaincre l'autre mais d'argumenter.

Je l'ai vu se fermer lorsqu'il a commencé à avoir peur que ses idées ne me déplaisent. Certes, je les trouvais bien radicales et finalement moralisatrices, mais ce n'est cette fois pas encore ce qui m'a le plus agacée.

Ce qui m'a le plus agacée, c'est qu'il recommence à me dire qu'il en avait les larmes aux yeux ce matin, au soleil, à la terasse de son café préféré, de se savoir "ici".

Ce qui m'a le plus agacée, c'est qu'il continue à tenter de me convaincre que nous serions mieux ailleurs, ce qui m'a agacée, c'est qu'il ait 40 ans, qu'il soit en bonne santé, qu'il ait un excellent travail très rémunérateur, une amoureuse, que quasi rien ne lui soit inaccessible et qu'il me chante la complainte du type malheureux parce que l'architecture de notre ville est à chier.

Non !

Non, non, non !

Et qu'il dise qu'il ne reste ici que pour moi : "Je souffre mais c'est pour toi".

Belle tentative de culpabilisation, et quand l'histoire se terminera, je l'entendrai me dire : "après tout ce que j'ai sacrifié pour toi ! " ?

Quand il est parti et qu'il m'a serrée très fort dans ses bras en soupirant et me disant presque désespéré qu'il m'aimait très fort, qu'il fallait que je le sache, j'y ai entendu "surtout ne m'abandonne pas" , ce qui m'a juste donné l'envie de partir en courant. Mais bon, j'étais chez moi.

Nous allons droit dans le mur.

Par le21eparallele
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Samedi 19 mai 2012 6 19 /05 /Mai /2012 12:05

La semaine dernière, j'ai écrit un brouillon d'article qui descendait en flèche Woody. Et puis le lendemain un brouillon d'article plus mesuré, qui m'attribuait davantage la responsabilité de mon état à son égard.

Du coup, ça allait mieux.

Et puis, rebelote.

Je ne sais pas comment je m'y prends pour changer de sentiment à la vitesse de l'éclair, non pas que je ne le trouve moins intelligent, moins drôle ou moins gentil avec moi, non, simplement, je ne me sens pas bien en couple, je me sens oppressée, jamais complètement moi-même dans le sens où je retiens mon impatience, mes sarcasmes, mes envies de rentrer chez moi et de ne plus le voir. Pour un temps indéfini.

Je boue intérieurement, j'ai envie de lui dire d'arrêter de parler, de dire toujours la même chose, de, de, de, bref, d'être lui.

C'est horrible.

Comment puis-je être si inconstante, si intolérante ?

Je suis effarée par moi même, presque déçue, personne ne survit jamais à mon passage au scanner.

Je n'ai qu'une seule réelle envie : être seule, écrire, lire, regarder la télé à mon rythme, choisir mes émissions...Mais avoir quelqu'un pour m'accompagner au ciné, au restau, en voyage. Je ne me sens pas en phase avec Woody en dehors de ces aspects culturels.

Woody dit qu'il m'aime. En réalité, il a juste besoin de moi, parce qu'il ne sait pas être seul. Il ne l'a jamais été. Alors oui, bien sûr, je représente quelque chose, je suis à l'image de ce qu'il a toujours désiré sur certains aspects, mais au fond, nos différences sont si énormes que je ne vois pas comment nous pourrions les dépasser.

Je sais qu'en dehors de l'aspect matériel, il ne sera pas là pour mon fils et moi, ni même réellement pour moi si j'étais malade. Woody est un grand enfant qui a été épargné par tout ou presque,  qui découvre à mes côtés que les gens peuvent être pauvres, handicapés ou malades. Nous n'avons pas eu la même vie et je sais qu'il n'a pas envie de se confronter à la douleur. Alors...

Et puis de mon côté, j'ai parfois le sentiment qu'après ces dix éprouvantes dernières années, je sais ce que vaut la serenité, je sais combien j'ai payé cher tout ce que j'ai acquis et que j'ai tout à présent. Je ne veux rien d'autre.

Comment le dire sans le perdre complètement ?

Par le21eparallele
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