Aujourd'hui, vers 21 h, Woody rentre et je suis impatiente de le retrouver.
Aujourd'hui je suis allée acheter des carreaux de faïence, de la colle-joints, un coupe-carreaux et une pince perroquet pour faire du carrelage dans ma salle de bains.
Aujourd'hui, je suis allée acheter une tondeuse à Leroy Merlin en urgence, puisque la mienne a rendu l'âme entre les mains urbaines de Woody la dernière fois, et vu la vitesse à laquelle la végétation envahit mon île, fallait agir vite.
Quand le type m'a dit qu'il fallait mettre de l'huile, je lui ai demandé de m'en fournir un bidon.
Quand je lui ai dit " et maintenant, c'est tout ? Je mets ça et c'est bon ? " et qu'il m'a répondu qu'il fallait aussi mettre de l'essence, comme dans une voiture, j'ai éclaté de rire, et j'ai mentalement prié pour que la notice soit très, très claire.
Comment dire...
Je suis partie avec mon gros carton de 20 kilos et mes talons compensés mettre la chose dans la voiture. Baissé les sièges pour faire rentrer. Partie sur mon île. Décharger la chose, sortir la rame, prendre le sac, la salade mac do prise au passage au drive, réussir à tout descendre dans la barque, remonter, aller garer la voiture, redescendre, enlever les cadenas, ramer, arriver sur mon île,arrimer la barque, décharger la chose sur le ponton, les sacs, aller manger un bout, échanger les talons compensés contre des Crocs et ouvrir le carton.
Je me faisais l'air d'une poule devant un mégot.
Assise par terre, je lisais consciensieusement la notice, lorsque le voisin est arrivé sur sa parcelle. J'aime pas les voisins. Ca vous regarde être une poule devant un mégot et franchement, pour l'égo c'est pas le truc le plus génial.
Après avoir étudié le puzzle à l'aide de la notice, j'ai commencé à monter l'engin. Ben oui, parce qu'au prix où je l'avais achetée, elle allait pas être montée non plus. Mais quand même, le plus dur a été de trouver ce putain de réservoir à huile.
J'ai tourné autour de la tondeuse pendant de longues minutes, perplexe, me demandant quelle pièce j'allais bien pouvoir démonter pour trouver ce putain de réservoir à huile. Et puis, tout à coup, enfoui sous la ferraille et le plastique, j'ai découvert un bouchon. Moins gros que celui d'une bouteille d'eau. Ah, et bien sûr, le goulot de la bouteille d'huile de moteur, lui, était trois fois plus grand. Et bien sûr, la notice écrivait en grand qu'il ne fallait pas en renverser sur la tondeuse, et bien sûr, je n'avais pas d'entonnoir non plus...
Alors, en tant que poule devant un mégot, je suis allée chercher...une cuillère à café... Si si ! Et j'ai commencé à remplir le réservoir d'huile à la cuillère.
Cette fois, j'avais l'impression de donner du sirop pour la toux à ma tondeuse. Les voisins devait penser que le soleil avait trop tapé, moi, je commençais à maudire ma tondeuse.
Le niveau supérieur d'énervement fut atteint lorsque j'ai constaté que le jerricane d'essence s'était consciensieusement vidé sur le sol dans la cabane, et que, de l'essence, il n'en restait que quelques gouttes...PAS QUESTION DE TOUT REFERMER, DE REMONTER DANS LA BARQUE ET TOUT LE BAZAR pour aller chercher de l'essence. J'ai décidé de tenter de vider le réservoir de la vieille tondeuse, pour remplir le jerricane...Ma foi, ce fut une assez bonne idée.
Bon...Je fais mentalement le tour des opérations : montage : ok, huile : ok, essence : ok. Devrait fonctionner.
Là, c'est l'autre moment que je déteste.
Celui où tu tires comme une dératée sur le fil et où il ne se passe rien. Et où tu regardes la tondeuse en faisant des incantations mentales, voire des prières vaudou, et où tu réprimes le coup de pied dans le truc et le chapelet d'injures que même toi tu savais pas que tu les connaissais.
T'oses même pas regarder ton gros voisin avec sa grosse femme allongée dans son gros transat avec leurs gros enfants.
Tu détestes tout le monde.
2e essai.
Rien.
3e essai : rien.
Tu tires tellement fort que tu risques la tendinite, voire le démembrement. Toujours rien.
Alors, quand après avoir appuyé sur tous les boutons, resserré tous les boulons, fait trois fois le tour de la tondeuse à la recherche d'un truc que t'aurais pas vu, tu tires encore et que la tondeuse fait enfin le délicieux vroum vroum tant attendu, là, tu crois en Dieu.
Je pensais avoir atteint le sommet des emmerdes, et qu'à partir de là, j'allais transformer mon terrain vague en green, surfant sur une mer de gazon telle une championne de surf sur une mer déchaînée, et bien...Je ne croyais pas si bien dire.
Ma pelouse était déchaînée et ma tondeuse trop basse bien que réglée à la hauteur maximum.
Je ne faisais pas 10 cm sans buter. Affreux.
J'ai donc dû utiliser une méthode peu orthodoxe : tirer la tondeuse en faisant marche arrière, seul moyen pour "avancer " plus de deux mètres en suivant. Le tout en plein soleil, avec 96 décibels dans les oreilles et des voisins probablement goguenards. Voire passablement agacés par le vacarme.
Au bout de deux heures, hirsute, écarlate, tremblante, j'ai capitulé.
Mon green ressemblait à une pâture négligemment broutée et moi à une poule déplumée.
C'est là, en rentrant chez moi avec mon coupe carreaux et ma faïence que je me suis dit que putain, la répartition traditionnelle des tâches dans la vie conjugale, c'était quand même le pied.